La communication politique

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La communication politique : entre idéal de transparence et vecteur d’influence

A l’heure du débat sur la post-vérité, de l’usage généralisé des réseaux socio-numériques, avec un Internet toujours « plus omniprésent et indispensable au quotidien » qui accélère encore la « fulgurante progression de la numérisation » de notre monde, la société de la communication, née à partir des années 1980[1], devient aujourd’hui l’acteur principal tant au niveau des communautés ou des nations, comme sur la scène internationale.

La politique n’est bien évidemment pas épargnée de ces évolutions. Elle a besoin de communication pour « se réaliser pleinement »[2] – et cela, à tous les niveaux. Au niveau anthropologique, la communication est assimilée à la « mise en scène des détenteurs du pouvoir » et associée à la légitimation de l’autorité. D’une perspective gouvernementale, la communication est comprise en termes de propagande qui contrôle et mobilise ou comme « l’art d’assurer la publicité la plus favorable aux actions entreprises ». Au niveau électoral, la communication est définie à travers sa dimension persuasive, menée à « attirer les suffrages ». Enfin, au niveau axiologique, la communication comme Publicité (au sens kantien de rendre public et transparent), est vue comme partie constituante du pacte démocratique et d’un espace public qui permet, grâce à la libre expression, un fonctionnement pacifié du système politique[3].

Et si la communication politique est une nécessité sociohistorique, idéalement conçue comme publicité, celle-ci s’est progressivement transformé d’idéal de transparence en instrument et vecteur d’influence politique[4]. De plus, modifié par la montée en puissance des mass-médias, le jeu politique intervient sur le style de communication : les monologues longs (à l’image des conférences de presse du Général de Gaulle) s’effacent au profit des dispositifs de mise en scène plus « interactifs »[5]. D’ailleurs, les médias incitent aussi à une certain degré de starisation des politiciens, qui sont toujours en train de « se livrer » davantage et mettre en scène leur intimité[6]. De ce point de vue, la politique s’humanise et se privatise, ce qui engendre ainsi une certaine dépolitisation[7] : la rhétorique de la mobilisation est remplacée par l’esthétique de la séduction – et cela, au risque même de tomber dans une « société des consommateurs »[8].

En outre, dans le contexte où la gouvernabilité des sociétés est constamment altérée par la complexification des problèmes, la mondialisation et la libéralisation des économies, mais aussi par l’opacité du circuit politico-administratif de la décision, la politique de la communication est devenue un complément indispensable à toute action[9]. La politique, c’est parler, agir et expliquer. De ce fait, contrairement à des idées reçues, la communication politique n’est pas la dégradation de la politique, mais la condition même de son exercice[10]. La communication politique est

« l’espace où s’échangent les discours contradictoires des trois protagonistes qui ont la légitimité de s’exprimer publiquement sur la politique : les acteurs politiques, les journalistes et l’opinion publique, au travers notamment des sondages »[11].

La circulation simultanée des discours des hommes et femmes politiques, des sondages et des médias forme un système où les trois discours se répondent tout en représentant les trois légitimités de la démocratie : la politique, l’information, la communication. Différente du débat politique (qui réunit le discours des politiciens au sens strict), l’originalité de la communication politique consiste précisément dans la prise en compte interactive de ces trois dimensions à la fois contradictoires et complémentaires de la démocratie. Assurant la cohabitation entre ces trois logiques de la démocratie de masse, la communication politique, définie comme l’espace où s’affrontent les politiques contradictoires du moment, acquiert une dimension dynamique dans le temps : les thèmes, les problèmes ou les sujets de préoccupation diffèrent au fil des années[12].

En outre, la communication politique ne représente pas seulement l’échange des discours au niveau de la classe politique et médiatique, mais cela implique aussi la présence des autres acteurs et de l’opinion publique à travers les sondages et les réseaux. Elle se présente comme la scène sur laquelle s’échangent « les arguments, les pensées, les passions à partit desquels les électeurs font leur choix »[13]. Cet espace de la communication politique permet ainsi la confrontation des trois logiques : l’idéologie et l’action (pour les hommes et femmes politiques), l’information (pour les journalistes) et la communication (pour l’opinion publique, les sondages et les réseaux).

Finalement, le rôle primordial de la communication politique est d’éviter le renfermement du débat politique sur lui-même, apportant la souplesse nécessaire au système politique[14]. La communication politique en tant que moteur de l’espace public, assure trois fonctions principales : elle identifie les problèmes nouveaux qui apparaissent ; elle les légitime, en favorisant ensuite leur intégration dans les débats politiques contemporains et, enfin, la communication politique facilite l’exclusion de thèmes qui ne font plus l’objet de conflits. Et si la communication ne se substitue certainement pas à la politique qui restera toujours dominante, elle lui permet tout simplement d’exister. En effet, la reconnaissance de l’importance et du rôle actif de la communication politique serait bien « le signe d’une certaine maturité politique »[15].


[1] Arnaud Mercier, « Avant-propos  à la nouvelle édition », dans Arnaud Mercier (dir.), La communication politique, CNRS Editions, Paris, 2017, p. 9-10

[2] Arnaud Mercier, « Présentation générale : La communication politique entre nécessité, instrumentalisation et crises », dans Arnaud Mercier (dir.), op.cit., p. 15

[3] Arnaud Mercier, Ibidem, pp. 15-16

[4] Ibidem, p. 20 

[5] Jean Mouchon, « La communication présidentielle en quête de modèle », Hermès, no 17-18, coll. « Communication et politique », 1995, pp. 187-200

[6] James Stanyer, Intimate politics : Publicity, Privacy and the Personal Lives of Politicians in Media-Saturated Democracies, Cambridge, Polity, 2013

[7] Jamil Dakhlia, Politique people, Bréal, Rosny-sous-Bois, 2008

[8] Margaret Scammell, Consumer Democracy : the Marketing of Politics, Cambridge University Press, New York, 2014

[9] Arnaud Mercier, Ibidem, pp. 24-25

[10] Dominique Wolton, « La communication politique : construction d’un modèle », dans Arnaud Mercier, op.cit., p. 45

[11] Dominique Wolton, « La communication politique : construction d’un modèle », Ibidem, p. 47

[12] Dominique Wolton, Ibidem, p. 52 ;

[13] Dominique Wolton, Ibidem, pp. 53-55

[14] Ibidem, p. 56 

[15] Ibidem, p. 62

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